Source aux Fées (64)

Source aux Fées (64)

Nouveau messagede jojo l'affreux » Jeu 15 Sep 2016, 14:04

Pour les doux yeux des fées.

En 2016, nous avons repris l’exploration de la source aux Fées (Castet, Pyrénées-Atlantiques), après avoir obtenu les autorisations nécessaires. Cette source captée nous a été exceptionnellement ouverte et nous n’y retournerons plus à présent que notre projet est abouti.

Plusieurs séances de nettoyage et de reéquipement ont été organisées depuis l’été 2015 jusqu’en janvier 2016 (Mathieu Dumontier, Samuel Maysonnave, Frédo Verlaguet, Cédrik Bancarel, Mehdi Dighouth, Frank Vasseur). Le fil avait été rompu et arraché dans plusieurs portions du conduit. Le dévidoir laissé au terminus de 2007 a parcouru 132m de galeries pour finir verrouillé sous un bloc, à la base de la partie descendante à -115m. Les crues sont sévères chez les Fées. Nous ne doutions pas de leur caractère impétueux, elles l’ont exprimé avec une force qui dépassa largement notre imagination.

Samedi 13 aout, tous les voyants sont au vert. Frédo a organisé dix jours plus tôt une inspection de la ligne jusqu’au dévidoir de câble laissé lors de la plongée de janvier (G.Cassou,Y.Dricot, F.Gentili, F.Verlaguet).
Après une journée de road trip à sillonner les départementales du sud de la France pour éviter les bouchons, nous arrivons à 17h30 sur site. La clé récupérée auprès de M. le Maire, Frédo Verlaguet nous rejoint, suivi de Samuel Maysonnave. Ils viennent de passer plusieurs jours sous terre, impliqués dans un sauvetage conséquent sur la Pierre Saint Martin, terminé le matin même aux aurores.
Nous montons tout le matériel à la vasque, afin de gagner du temps pour le lendemain. L’eau semble limpide, des euproctes nagent dans le ruisseau, les vaches paissent paisiblement dans le pré qui jouxte le chemin… c’est beau, tranquille, reposant.
Nous nous rapatrions chez Frédo, qui nous offre l’hospitalité.
Un dernier bricolage pour monter ma platine de caméra sur mon scooter (Merci Frédo), un plat de nouilles aux légumes du jardin et nous rejoignons Morphée sans nous faire prier.

Réveil à 7 heures pour plonger avant les heures chaudes. A 9 heures, nous sommes à pied d’œuvre. Les copains et les copines arrivent et finalisent le portage, déposent les blocs de secours dans le siphon.

Nous partons tranquillement après la longue séance d’habillage. Dépose des victuailles et de la lecture à -12 en prévision des paliers, d’un accu de chauffage de réchappe à -46. Nous allumons toutes les lampes vidéo à cette profondeur pour ne pas se retrouver dans l’impossibilité de commuter plus bas. Nos scooters sont chacun équipés d’une caméra + deux petits éclairages. J’ai en plus un phare Azuru en position 40% sur le harnais. La section de la galerie profonde et la visibilité moyenne imposent de doser la puissance de l’éclairage pour ne pas surexposer les parois ni réfléchir les particules.

Passé le point bas ponctuel de -60, un dernier déhanchement recale le scooter dans l’axe de la galerie. Les propulseurs ronronnent, nous parcourons confortablement mais à bon rythme cette magnifique galerie étirée en hauteur. Moins de 15 min après le départ, nous sommes à -118, devant les deux boyaux superposés dans lesquels nous voyons les « yeux » des fées. Le temps d’un clin d’œil vidéographique, nous enfilons le boyau intime qui débouche à -125 dans la galerie profonde. Le dévidoir de cablette a été poussé sous les rochers par les modestes crues du printemps. Les fées furent clémentes, il est accessible et toujours fonctionnel, contrairement à son prédécesseur qui y avait terminé sa carrière.
Notre objectif du jour consiste à poursuivre l’exploration. Ce sera au prix du rééquipement intégral de la galerie profonde, d’où le fil a été lessivé, morcelé, expulsé. Scooter en marche d’une main, dévidoir moulinant dans l’autre, nous redécouvrons, avec nos éclairages vidéo, cette galerie profonde aux formes radicalement différentes de ce à quoi la cavité ressemblait jusqu’alors. En apesanteur, artificiellement mu par le scooter, en pleins phares, l’instant est puissant, un délice. On en oublierait presque qu’on est à -130 et que chaque minute savourée ici se démultipliera en temps de décompression, à la remontée.
Nous évoluons dans un tube cylindrique de 2 à 3 m de diamètre. Les points d’amarrages se font rares, je fais au mieux. Au bout de 80m, le décrochement vertical annonce le terminus de 2007, à -125. Un lambeau de fil demeure en paroi, dernier vestige de notre passage, matérialisant la « End Of Line ». Compas dans l’œil ou coup de chance ? Le fait est que le dévidoir de câble est vide un petit mètre après. Raccord des dévidoirs, j’attaque l’équipement en première pendant que Mehdi s’active au relevé topographique. Le conduit se prolonge dans des proportions similaires. La roche est lavée, gris clair, affectée de cupules d’érosion. Pas le moindre dépôt, le moindre remplissage. Ici le courant est perceptible malgré l’étiage. Nous sommes dans la « turbine », on devine la puissance des flots lors des colères des Fées. La galerie plonge immédiatement à 131, remonte à 128 puis débouche sur une fracture inclinée. Après 47m de première, une lame d’érosion en plafond offre un point d’amarrage bienvenu, à -136. Ici les parois se rapprochent. En face, deux yeux, comme à -118 se présentent. Ils sont plus étroits, plissés, pas de risque de s’y engager avec nos configurations actuelles. Le sol se dérobe, c’est à qu’est la suite. La fracture se pince et laisse entrevoir, 3 à 4 m plus bas, un replat avant de plonger à nouveau.
Je consacre quelques minutes à filmer en détail le passage avant de m’engager dedans, palmes en avant. Sans surprise, je sens le recycleur cogner dans mon dos, les palmes doivent être mises en extension pour pénétrer le passage. S’il avait été localisé moins profond, nous nous serions acharnés. Mais là, après un passage étroit entre -118 et 120, après un parcours de 180m en-deçà de la cote des 100m, nous stoppons. Un objectif de plus pour les générations futures.
Je retrouve Mehdi affairé à la topo quelques mètres en aval. Nous engageons le retour, ponctuellement interrompu par la récupération du dévidoir de cablette vide.
Les ordinateurs affichent allègrement 270min de décompression, c’est le prix à payer pour une exploration consacrée à l’acquisition de données, d’informations à partager.
Le franchissement du boyau, puis « les yeux » annoncent l’amorce de la remontée, rythmée par les paliers. Leur durée s’étire en exponentielle au fur et à mesure que la surface se rapproche.
A 12m, je retrouve ma pochette de victuailles et mon bouquin de poche. C’est qu’à -6, le lieu est exigu. Et il faudra patienter plus de deux heures avant de retrouver la surface. On a rapidement fait le tour du propriétaire et l’ennui gagne. J’ai opté pour la littérature pour aider le temps à défiler. L’option est validée, je m’autorise même 5 min de plus pour achever mon chapitre.

4h après le départ, les copains viennent aux nouvelles. Les scooters, les bail out de trimix sont prestement évacués et redescendus aux véhicules.

Après 301 min de plongée, nous émergeons. Les sens se remettent en éveil : odeur de pré fauché, chant des oiseaux et clapotis de la cascatelle, pesanteur. Nous changeons d’élément et partageons observations et résultats avec le reste de l’équipe. Monsieur le Maire nous gratifie d’une visite et de ses félicitations pour cette nouvelle avancée. Il nous convie à nous réhydrater, nous nous empressons d’honorer.
Nous rechargeons tranquillement les véhicules en avalant quelques victuailles. Le soleil décline sur les piémonts pyrénéens, les vaches retournent au village, les vautours décrivent leurs dernières paraboles dans un azur presque immaculé.

Ainsi s’achève, pour nous, l’aventure de la source aux Fées. Elle se sera étalée sur 11 années, aura nécessité des démarches administratives, suscité des rencontres enrichissantes, des découvertes, fédéré des personnes d’horizons divers, détruit un peu de matériel, produit quelques documents (topographie, photos, vidéos et peut-être levé report géologique) que nous léguons à celles et ceux qui poursuivront un jour l’aventure. Dans cette source particulière, sous le regard bienveillant des fées béarnaises.


Participant(e)s :
Yves André, Frédéric Aragon, Lucie Dal Soglio, Mathieu Dumontier, Mehdi Dighouth, Samuel Maysonnave, Marie Troubé, Frank Vasseur, Frédéric Verlaguet.


Merci aux municipalités successives de Castet depuis 2005 ;
à Michel Lauga pour les données topographiques et les démarches initiales auprès de la mairie,
à Jean-Daniel Larribau pour ses données topographiques et historiques ;
à Marie-Hélène et Frédo Verlaguet pour leur hospitalité et les bricolages salvateurs de dernière minute ;
à celles et ceux qui ont contribué à ce projet depuis 2005 (voir cr précédents)
à nos partenaires pour leur confiance et leur soutien :
- InnoDive (distributeur : phares Tillytec, ordinateur Shearwater, sous-vêtements Fouth Element, matériel DirZone) ;
- SF Tech (combinaisons de plongée étanches et gilets chauffants) ;
- Dévidoirs Bardès ;
- Sharkskin (sous-vêtements de plongée) ;
- Propulseurs Bonex ;
- Recycleur latéral Flex (Golemgear) ;
- Recycleur dorsal Megalodon (Innerspace Systems Corp)



Frank
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Re: Source aux Fées (64)

Nouveau messagede jojo l'affreux » Ven 16 Sep 2016, 11:50

en images : https://vimeo.com/182774533

topographies et articles à venir.

Frank
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Re: Source aux Fées (64)

Nouveau messagede DELPECH » Ven 16 Sep 2016, 14:12

"Fées licitations",
Encore une belle explo dans le pays des eaux froides 8-)
Comment ça Frank!!?? Tu te laisses intimider par une petite étroiture à -136m ;)

Je plaisante.

Beau boulo.

La bise.

Thomas
Le recycleur latéral c'est GENIAL !!!! Et la chaux dans les poumons c'est pas bon!!!!
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Re: Source aux Fées (64)

Nouveau messagede jojo l'affreux » Sam 17 Sep 2016, 08:52

Merci Thomas, justement je comptais t'emprunter ton perfo pour aller faire un peu de vide ;)

Je passerai par chez toi en octobre, peut-être à une prochaine sous tes karst.

Frank
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