nouvelle caledonie

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Nouveau messagede phb » Ven 25 Sep 2009, 11:44

Expédition Lifou 2009

L’expédition avait pour but d’explorer les grottes présentes sous la jungle de l’ile corallienne de Lifou, Iles des Loyautés, Nouvelle Calédonie, du 12 aout 2009 au 14 septembre 2009.
Cette expédition s’inscrit dans la continuité des explorations de 1986- 1987 (grottes de Calédonie, Thomas, 1987) et de 1995 (Grottes de Lifou, Lips et Al, 1995), et de la la pré expédition de 2008 (Lifou 2008, Brunet) où nous avions découvert la grotte la plus grande de Nouvelle Calédonie ainsi que des traces de fréquentation humaine souterraines
L’équipe était constituée de Philippe Brunet et Sylvain Pujolle (AVENS), Christian Thomas et Odile Curie Champart (SCX).

Les objectifs de cette expéditions ont été de :
1) Contribuer à une meilleure connaissance de l’île par l’exploration, la topographie et l’étude des gouffres, de cavités sèches et noyées.
2) Découvrir des circulations de l’eau dans l’île de Lifou et améliorer l’évaluation des réserves d’eau douce et la protection des ressources en eau potable.
3) Trouver des traces des anciens occupants de l’île (ante 2000 ans), Lapita ou pré-Lapita et participer ainsi à la connaissance de la préhistoire de ce territoire d’outre mer,
4) Etudier la faune et la flore des siphons,
5) Participer à la valorisation des atouts naturels de l’ile par la mise en valeur du patrimoine souterrain.

L'accueil coutumier Kanak a été chaleureux. Le grand chef Boula, président du conseil d'aire NDrehu se souvient très bien des anciennes explorations. Il soutient le projet. Je m'aperçois également que les petits chefs considèrent que les coutumes que nous avons faite il y a 15 ans sont toujours valables. Nous avons été accueilli, cela n'est pas remis en cause.
Les "blancs" nous ont également aidé, hébergement en partie, prêt de voiture et de matériel, discussion,bref que du bonheur.

Les résultats espérés ont été atteints avec 6 269 m de galeries explorées et topographiées dont 1421 m noyées ce qui porte à plus de 20 km les grottes topographiées sur cette petite ile corallienne.

1)Exploration des grottes
L’ile de Lifou est géologiquement très homogène. La majeure partie de l’ile, très plate, est à une altitude moyenne de 40 à 50 mètres, il s’agit de l’ancien lagon. Une ancienne barrière de corail, souvent très étroite domine d’une quarantaine de mètres ce plateau et culmine au Sud à 104 m d’altitude. L’étude des photographies aériennes montrent la présence d’alignement de doline sur ce bourrelet qui borde l’ile.
Nos explorations se sont concentrées sur le district de Gaica à l’ouest et sur celui de Wetr au Nord.
La grotte de Hnanawaé à l’ouest, sur le territoire de la tribu de Wedrumel reste la plus grande du territoire de Nouvelle Calédonie avec près de 12 km de développement. Les traces de fréquentation très anciennes restent importantes avec la présence de fragments de charbons parfois enchâssés dans des concrétionnements. Cette grotte est un bel exemple de creusement par écoulement lagunaire. Les grottes d’Etha sur la tribu de Muchaweng montrent le même type de creusement au nord de l’ile. A l’est le réseau de Wanaham exploré en 1995 était également de ce type. Il nous reste à trouver ce type de creusement au Sud de l’ile.

L’autre grand type de creusement est l’exploitation de faille de décollements parallèlement aux rivages (actuel ou ancien).
Avec plus de 2 km de galeries majestueuses allant jusqu'à 40 mètres de large et 30 mètres de haut, les grottes de Kumo à l’Est, sont les plus représentatives de cette spéléogénèse. A l’ouest, sur les terres de la tribu de Luciella, nous avons descendu dans plusieurs gouffres qui semblent dessiner les contours d’une grande rivière souterraine. A l’extrémité vers la mer, la grotte de Hnatresij avec 1,4 km est de ce type avec la présence de l’eau dans un lac de 150 m de long pour une profondeur maximale de 35 m et une voute percée de puits de lumière 20 à 25 mètres plus haut. Tout au nord, à Easo, la grotte des scouts permet sur 450 mètres de visualiser très nettement les niveaux marins de 125 000 ans et contemporain.

2) Les circulations de l'eau douce
La connaissance des circulations de l’eau dans l’île de Lifou permet d’améliorer l’évaluation des réserves d’eau douce et la protection des ressources en eau potable. Les modes de vie évoluent peu à peu, au 19 eme siècle, l’eau était rare et les tribus allaient chercher l’eau qui leur était nécessaire dans des grottes.
Au 20 ème siècle, ce sont des citernes enterrées, construites près des maisons qui vont prendre le relais. Les toits en tôles permettent de recueillir de l’eau en quantité plus importante. Le chemin des grottes est abandonné.
Actuellement, l’eau est pompée dans quelques sites et est distribué dans l’ensemble de l’ile.
Pourtant la réserve est très limitée. Les forages montrent qu’une lentille d’eau douce flotte sur une couche d’eau salée. Elle s’écoule lentement vers le pourtour de l’ile où elle rejoint la mer par une multitude d’éxutoires.
Les calculs prévoient une nappe confortable mais nos plongées montrent qu’au niveau des drains karstiques, la pollution par l’eau salée est beaucoup plus importante. L’eau est saumâtre très près de la surface.

Pour la première fois, une rivière importante apparait sur Lifou. Les écoulements supposés se faire par porosité au sein de la lentille d’eau douce, se font dans la grotte des cendres par une galerie de 15 m par 5 m située à une profondeur moyenne de 25 m. Cette rivière de 500 m de longueur, provient d’un gouffre présent sur l’ancienne barrière de corail. De son autre coté, un siphon reste à plonger. Les 3 autres gouffres sur le bouclier qui fait le tour de l’ile ont été descendus. Le premier forme une méga doline de 45 m de profondeur. La descente s’effectue sur corde à partir d’un banian penché au dessus du vide, en suivant ses racines qui vont tout en bas jusqu'à l’eau. Au plus bas un lac se poursuit et donne sur un siphon qui débouche dans le deuxième gouffre. Le troisième gouffre contient également un lac non encore plongé.
La rivière dont un traçage par colorant a prouvé l’existence, est connue sur près de 2 km. Malheureusement l’écoulement vers la mer toute proche semble se faire par porosité, à travers le calcaire corallien.

Au nord, un gouffre a été plongé jusqu’à 45 mètre de profondeur. La présence de coquille de Nautiles en parfait état mais décolorée montre l’existence d’un passage vers la mer dans la partie salée. Ici, comme au yucatan, l’eau douce flotte sur l’eau salée et des haloclines marquent très distinctement la ou les séparations entre les couches de salinités différentes.

La grotte de Kumo montre pour la première fois l’existence d’un écoulement ancien à travers la barrière de corail. Une des galeries se détache du collecteur principal et se prolonge jusqu'à la mer dans l’encoche de rivage d’il y a 125 000 ans. Il s’agit là de l’ancienne résurgence de ce réseau.

3) Traces des anciens occupants
A partir d’environ 3 500 ans avant J.C. , les habitants des côtes septentrionales de la Nouvelle-Guinée virent progressivement arriver des population originaires d’Asie du Sud-Est. Certains de ces nouveaux arrivants s’installèrent dans les îles du nord de la Mélanésie (d’après la petite histoire du peuplement de l’Océanie par Christophe Sand).
Ces austronésiens se familiarisèrent avec leur nouvel environnement et développèrent des échanges de matières premières, entre autres de l’obsidienne, avec les habitants déjà installés dans ces îles, au moins jusqu’aux îles Salomon (White et al. 1988 p. 413).
Vers 1600 avant J.C., ils commencèrent à fabriquer et à échanger des poteries de formes particulière, décorées de pointillés, et appelés par les archéologues “poteries Lapita“. Ce nouveau produit était probablement utilisé dans les échanges entre les villages et les îles.
Très rapidement, les fabricants de cette poterie s’installèrent dans les îles du centre et du sud de la Mélanésie et fondèrent de petites communautés. Certaines pirogues s’aventurèrent plus avant dans le Pacifique et touchèrent les côtes de Fidji autour de 1500 ans avant J.C. De nouveaux villages furent‘ construits, de nouvelles pirogues partirent. Toutes les grandes îles du Pacifique Ouest jusqu’à Samoa et à Tonga furent ainsi peuplées avant la fin du second millénaire avant J.C. (Sand 1987).
Au début de l’implantation de ces villages, les habitants vivaient principalement grâce aux ressources de la mer. Certains avaient emmené avec eux des produits de culture comme le taro, et des animaux comme le cochon ou la poule. D’autres se procurèrent ces produits grâce à des échanges avec leur communauté d’origine installée parfois très loin dans d’autres archipels. Chaque village put ainsi rassembler les éléments alimentaires nécessaires à sa survie et commencer à cultiver les terres des îles habitées.
Les découvertes archéologiques réalisées depuis trente ans en Océanie ont montré combien la préhistoire de cette partie du monde était longue et complexe. Du premier passage du détroit de la Wallacea il y a 40 O00 ans à la découverte de la Nouvelle-Zélande il y a environ 1200 ans, les populations océaniennes n’ont pas arrêté de se déplacer, de faire des échanges. L’océan n’était pas une barrière, mais un axe de circulation et de contact.
Le peuplement du Pacifique insulaire est certainement un des épisodes les plus passionnants de l’histoire de l’homme et mérite toute notre attention. Pour autant la plus grande difficulté est le peu de restes attestant la présence des populations.
Les traces d’occupation des grottes et même la présence de squelette montrent la fréquentation intense que connurent les cavités à une époque reculées. Ces traces de fréquentations anciennes sont souvent présentes assez loin dans les grottes. L’utilisation de torches a laissé de la fumée au plafond et surtout des traces de charbon parfois surabondantes au sol des galeries. Ces traces pourraient être complétées par l’apport de charbon venant de la surface suite à des incendies. Des datations montrent que ces charbon datent de 2500 ans c’est à dire de la civilisation Lapita.
Hnanawae et Gajij qui nous laissaient espérer une belle jonction ont remplies leur mission. D’une part la jonction est faite mais surtout Gajij est un magnifique exemple d’une cavité sur fréquentée puis abandonnées plusieurs milliers d’années. La grotte contient des dépôts massifs de charbon de bois recouvert de chandelles de calcites très blanches de plus de 20 cm de hauteur. Les explorateur de l’époque (antérieurs a 2500 ans) ont été partout et on cassé des passages dans les moindres galeries.

Les grottes ont permis la conservation intacte de peintures pariétales principalement faites à bases de pigments noirs, plus rarement à partir d’oxydes rougeâtres. Nous avons trouvé 4 nouveaux sites de mains en négatif dont un magnifique bras. Des traces de main en positif et négatif et des empreintes de pieds dans l’argile sont des découvertes émouvantes et majeures. Aujourd’hui, ces témoignages rares sont peu connus et ne sont pas mis en valeurs.
L’archéologue de la province que nous avons amené est enthousiaste. Qui venait ici ? Pourquoi s’enfoncer si loin alors que l’eau est proche des entrées ? Pourquoi ne trouve t on pas de traces d’habitat (nourriture, aménagement d’ « habitat ») ? et Pourquoi la fréquentation s’est elle arrêtée brutalement et si longtemps.

4) La vie dans les grottes
La faune des grottes est souvent particulière. Ces lieux isolés sont des réceptacles d’espèces endémiques. Les gouffres offrent l’humidité et la régularité de température propice à la conservation d’espèces. Les parois verticales empêchent également l’accès des prédateurs ou simplement le départ de la faune et de la flore autochtone.
Nous avons observés principalement des espèces troglophiles. Les hirondelles des cavernes et les chauves souris sont les plus abondantes et produisent des tonnes d’excellent guano récolté encore par quelques cultivateurs. Des écrevisses, des crabes violets et des poissons aveugles ont également été vus. Par contre aucun niphargus n’a encore été aperçus.
Les chauves souris qui étaient chassés pour en faire des brochettes (ou du ragout pour les grosses roussettes) le sont de moins en moins. En fait les grottes sont délaissées et le poulet congelé a remplacé le "coup de chasse".

5) Participer à la valorisation des atouts naturels de l’ile par la mise en valeur du patrimoine souterrain.
La nouvelle calédonie est réputée pour son lagon, le plus grand au monde. Lifou est réputée par le charme de ses paysages et les randonnées à faire dans la jungle ou sur les sommets de l’ancienne barrière de corail. Dans le monde de la plongée ce sont la beauté et la richesse de la faune en particulier dans la baie de Santal qui ravissent les amateurs.
Mais Lifou c’est également la plus grande grotte du territoire. Ce sont aussi des traces d’habitants anciens, ce sont des paysages souterrains superbes.
Tout cela est très souvent proches des habitations et les enfants connaissent parfois les entrées.
Certains lieux doivent rester discrets car emprunt d’un passé coutumier et nécessite encore plus de respect.
Ce patrimoine souterrain, est intimement lié à l’histoire de l’ile et à son actualité. Les études scientifiques ont débuté. Il est temps de mieux faire connaitre ce monde.

La richesse des résultats et les contacts avec les propriétaires et les autorités coutumières nous incitent à revenir.

Philippe pour l'équipe
phb
 
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Re: nouvelle caledonie

Nouveau messagede manu tessanne » Ven 25 Sep 2009, 20:45

ça c'est la classe!!

felicitation a toute l'équipe!

A+MAN
manu tessanne
 

Re: nouvelle caledonie

Nouveau messagede MARTIN FRED » Mer 30 Sep 2009, 20:27

Tout d'abord,
Comme le dit Manu, félicitations à toute l'équipe et pas seulement pour le chiffres, mais bon tout de même + de 6 bornes ça laisse rêveur.
Bravo aussi pour la régularité et la persévérance dans laquelle s'inscrivent ces expés. Ce n'est que petit à petit que les portes doivent s'ouvrir, les langues se délier .....
Nous sommes vraiment dans le cadre d'un étude globale de la zone, qui montre que nôtre activité ne s'inscrit pas que dans un volet sportif. Il est plaisant d'entendre parler de circulation des eaux souterraines, de vies dans le grottes, d'habitats ou de présence ancienne.
Lorsque tu dis "Il est temps de mieux faire ce monde " : Avez vous entrepris, à ce stade une démarche vers la population de l'île ?
FRED
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Re: nouvelle caledonie

Nouveau messagede phb » Lun 5 Oct 2009, 21:49

je voulais ecrire
mieux faire connaitre ce monde.
nous avons largement diffusé le premier rapport, proposé un diaporama.
beaucoup de discussion avec des enseignants zoreilles ou kanak
En 2010 cela pourra se faire.
Egalement ecrire un ou plusieurs articles dans le canard de la compagnie aérienne vu que tout le monde prend l'avion pour aller des iles vers noumea.
phb
 
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Re: nouvelle caledonie

Nouveau messagede Belharra » Dim 25 Oct 2009, 09:03

Tout à fait passionnant.
Je m'intéresse beaucoup à l'histoire du peuplement de l'océanie, un plaisir de vous lire.
Belharra
 


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